samedi 13 janvier 2018

& Point à la ligne


Raconter une ville en quelques lignes, pas facile!

Du haut d'une ligne aérienne, on apprécie les lignes courbes de ses contours, les lignes droites de ses avenues, l'enchevêtrement inouï de ses lignes de routes et autoroutes, les lignes parallèles et perpendiculaires de ses quartiers très anciens... ou très modernes!

Sur la ligne de chemin de fer, mue par une ligne à haute tension, on contemple  la ligne d'horizon qui défile avant d'apercevoir les premières lignes brisées des toitures. Sitôt en ville, on cherche sa ligne de bus, sa ligne de métro, sa ligne de tram ou la ligne jaune reconnaissable d'un taxi...

Mais si, comme tant de migrants autrefois, suivant leur destin dans les lignes de leurs mains, les yeux remplis de lumière et le cœur plein d'espoir, on arrive par la ligne maritime, que l'on ait franchi ou non la ligne de l'équateur, ce qu'on voit en droite ligne est unique!

Une fois que l'on a salué avec émotion la belle dame à la lampe (la sœur de la Tour Eiffel qui, comme elle, a toujours la ligne!), si l'on est en première ligne, le spectacle offert est celui d'un feu d'artifice de lignes verticales et vertigineuses, de lignes ascendantes touchant le ciel, de lignes d'eau et de reflets, de points et de lignes de lumière...

Et si l'on ne met pas en ligne de compte les détresses humaines de tous genres qui se vivent et se lisent entre toutes ces lignes, de la mauvaise ligne de conduite au sniffeur de lignes en passant par la terrible coupure de ligne électrique ou téléphonique, cette ville, comme tant d'autres villes, est magnifique. Point à la ligne!
Mais on peut penser et ce, sans se tromper, que beaucoup de gens, sous la lueur de chacune de ces innombrables petites lumières diront ce soir: "J'ai passé une excellente soirée... mais ce n'était pas celle-ci."



MIC du 08/06/2014
mot: ligne
image: New York by night

citation :
J'ai passé une excellente soirée... mais ce n'était pas celle-ci. - Groucho Marx

samedi 6 janvier 2018

& #Eux

Quand elle pose son regard sur lui, je peux presque voir les minuscules étoiles dorées qui s'envolent de ses yeux clairs.
Quand il lui pose une question, je peux presque voir les petits cœurs qui se dessinent sous le point d'interrogation.
Quand elle répond à sa question, je peux presque entendre les plumes et le duvet qui se posent à côté de ses mots.
Quand il rit avec elle, je peux presque entendre les microscopiques bulles d'amour qui éclatent entre deux rires.
Quand ils parlent cuisine et dégustation entre eux, je peux presque sentir le fumet délicieux de leurs petits plats.
Quand ils parlent jeux vidéo entre eux, je peux presque apercevoir les personnages sur leur écran.

Quand elle répare ou fabrique avec ses mains magiques, j'aime le regarder quand il la regarde.
Quand il joue ou réfléchit avant de poser sa carte, j'aime la regarder quand elle le regarde.

Quand ils sont l'un près de l'autre, penchés sur un livre ou encâlinés pour une pause-tendresse, je me dis qu'ils ont déjà tout ce qu'il faut pour former une belle petite équipe, même quand je serai partie.

Je lui ai donné la vie.
Elle lui a donné la vie.
Eux, ils ne sont pas toute ma vie mais ils en sont le sucre, le sel et l'acidulé. Moi, je suis la mère et la grand-mère.
Aujourd'hui, nous fêtons les anniversaires de mes deux beaux capricornes aux yeux clairs.


mercredi 3 janvier 2018

& Jeux sans frontières

La plupart du temps, les équipes sont facilement identifiables. Parfois, pourtant, quelques joueurs de dernière minute entrent sur le terrain sans qu'aucun enregistrement ni identification n'ait été effectué. 
Aucune importance ! Faisons fi de l'origine et du nom des participants.
Plus on est de joueurs, mieux on joue ! 

Les joueurs arrivent sur les lieux par leurs propres moyens, seuls ou en équipe et s'installent où bon leur semble dans le complexe sportif.
Les règles du jeu sont très simples :
  1. Atteindre les cibles avant tous les autres participants;
  2. Récupérer le plus rapidement possible (sans les mains) le maximum de pièces du jeu;
  3. Rejoindre prestement son aire de repos.
Lorsque deux joueurs arrivent simultanément sur une des bases, c'est le plus malin des deux qui attrape la pièce de jeu et qui l'emporte. 

Durant la partie (dont la durée s'étend à peu près du lever au coucher du soleil), tous les participants jouent sans relâche jusqu'à ce qu'ils décident de quitter le terrain de jeux. Dès qu'ils reviennent à l'intérieur du complexe sportif, ils ont le droit de participer de nouveau au jeu, s'ils le souhaitent.

Pour atteindre les bases qui sont, pour certaines, un peu surélevées, les joueurs peuvent utiliser toutes les techniques de déplacement. Certains concurrents usent même d'acrobaties vertigineuses pour approcher la cible et récupérer les pièces du jeu.
Ces pièces à récupérer sont de différentes natures donc de différentes grosseurs mais ces paramètres n'interviennent nullement dans le comptage des points.
D'ailleurs, il n'y a pas de comptage de points.

La valeur des joueurs, leur expertise et leur pugnacité se mesurent uniquement à leur poids, si tant est que l'on pût les mesurer...

En effet, le grand gagnant de ces jeux sans frontières est l'oiseau qui réussit à ingurgiter le plus de graines en picorant ici et là, dans les différentes mangeoires que j'ai disposées dans mon petit jardin.

Pour information, à ce jour, les joueurs sont les suivants:
  • la mésange charbonnière
  • la mésange bleue
  • le moineau domestique (non domestiqué cependant)
  • le rouge-gorge
  • le merle noir et sa dame
  • la tourterelle
  • l'étourneau sansonnet (sans roupie)

lundi 1 janvier 2018

& 01/01/18

Quoi de mieux qu'un premier de l'an pour retrouver des amis ?

Éloignée de vous tous et de vos beaux mots depuis longtemps (très... trop...), je reviens vers vous pour  souhaiter à chacun d'entre vous une 
BELLE
& DOUCE
& LUMINEUSE 
& CHALEUREUSE
ANNÉE
2018.

Je n'ai plus foi en l'humanité lorsqu'elle suit les principes idéologiques d'un groupe, d'un mouvement, d'un parti politique, d'une secte, d'une religion, d'une caste, d'une corporation... car ces "grandes idées" ne sont que les préceptes égocentriques d'un dictateur, d'un arriviste, d'un opportuniste, d'un manipulateur, d'un oligarque... 
Mais je crois toujours en l'humain. Comme les Lumières du XVIIIème siècle, j'ai inexorablement foi en l'Homme quand il agit en son âme et conscience, tout seul, discrètement, dans son petit coin (pas forcément dans ses toilettes!).

Alors, en tant qu'humain, n'essayons pas de faire le buzz mais chaque jour, faisons notre petite part sur cette planète et nous rendrons l'année encore plus belle :
- finissons le contenu de notre assiette, de notre bol, finissons notre yaourt et notre morceau de pain...
- ne laissons pas couler l'eau du robinet quand nous nous savonnons les mains et quand nous brossons nos dents;
- n'achetons pas si nous n'aimons pas trop ou si il y a encore plein de "trucs" dans le frigo;
- offrons des sourires plusieurs fois dans la journée : c'est gratuit et ça fait du bien au fabricant de sourires et au(x) destinataire(s);
- utilisons notre temps et notre énergie pour témoigner, pour accompagner, pour donner, pour mettre des couleurs autour de nous;
- ne gaspillons pas notre temps et notre énergie pour rendre les imbéciles moins imbéciles;
- laissons voleter les abeilles;
- lisons les étiquettes avant d'acheter un produit;
- jouons à des jeux de société (vous savez, ce truc avec des cartes/des dés/des pions et où on doit se parler!) avec un enfant, un parent ou un ami;
- restons bouche bée, encore et toujours, devant la pleine lune ou le lever du soleil ou un ciel étoilé;
- disons bonjour ET merci ET belle fin de journée à l'hôtesse de caisse du supermarché;
- utilisons les poubelles et ne jetons rien sur le sol;
- réparons, raccommodons, customisons, recollons... au lieu de jeter ;
- respectons le travail d'autrui et autrui par la même occasion;
- parlons aux personnes (surtout aux enfants !!!!!) qui sont près de nous au lieu d'adorer nos écrans tels des dieux;
- emballons notre chewing-gum "supermâché" (lol) dans un petit bout de papier avant de le jeter dans une poubelle au lieu de le cracher sur le trottoir,
- utilisons notre esprit critique avant de croire les inepties véhiculées par les médias,
- passons une journée entière (ou beaucoup plus!) sans dire une seule grossièreté (surtout en présence d'enfants!!!)
...&
&
&
&...
En agissant sans nuire à la planète ni à aucun de nos voisins de terre, nous sommes un meilleur humain et le monde se porte un peu mieux grâce à nous !

AH !! Si les 7 550 262 000 Terriens (surtout les dirigeants!!!) se comportaient en belle personne, dans leur maison, dans leur jardin, dans leur rue, dans leur quartier, dans leur ville, dans leur pays... WOUAOUH, quel monde merveilleux serait le nôtre !
Faisons en sorte d'offrir une belle année à nos voisins de terre et de laisser une chouette planète à nos enfants et à leurs descendants !

vendredi 17 février 2017

& A l'abri

Rue de Paris, temps de pluie (1877) de Gustave Caillebotte
Je me souviens très bien du jour où je l'ai vu la première fois…

Il était d'une rare élégance, chic sans être archaïque, très distingué sans être guindé. Il me plut instantanément et je me suis dit que j'aurais fière allure, pendu à son bras.

Sans fantaisie aucune, d'humeur toujours sombre et d'humour souvent noir, je n'avais guère ma place au milieu de mes congénères bariolés, excentriques, qui passaient leur temps à rire comme des baleines et à faire mille contorsions pour réussir à s'enfermer dans de minuscules sacs de couchage.
Pourtant, malgré mon air austère et mon "tape-à-terre", je frémis de la poignée lorsqu'il s'approcha de moi. Je n'étais pas tombé de la dernière pluie: j'avais mes chances. Il m'attrapa délicatement, se dirigea vers la porte et là, pour la première fois de ma vie, je vis le soleil…

D'un geste précis, en m'ouvrant, il ferma le ciel. Épanoui comme une fleur d'été, je découvris la rue un bref instant puis il me referma doucement et lui et moi rentrâmes à l'intérieur.

"C'est bon! Je prends celui-ci!

- Excellent choix, Monsieur le Procureur!

- Pensez-vous que je serai bien à l'abri avec lui?

- Sans aucun doute, Monsieur le Procureur ! Il est de plus fort raffiné…

- Il est vrai. C'est que, voyez-vous, je suis comme ces gens qui n'ont aucun souvenir, j'ai toujours une peur panique du lendemain, surtout avec mon métier!

- Je comprends, Monsieur le Procureur ! Mais vous n'avez rien à craindre.

- Je le crois, en effet! Un ami très proche m'a dit la semaine dernière qu'il suffisait d'ouvrir les parapluies pour n'avoir aucun problème. Celui-ci est le quinzième. Vous pensez que c'est suffisant?

- Vous n'aurez aucun pépin, Monsieur le Procureur, avec tant de parapluies ouverts mais évitez de les ouvrir à l'intérieur: ça porte malheur, paraît-il!"

Chic et élégant, mon procureur, évidemment, mais prenant tout tellement au pied de la lettre que je suis certain qu'un jour, on va le voir, siégeant dans l'eau de la mer, tenant d'une main le dernier best-seller et de l'autre: moi! 


Dans ce défi, il fallait utiliser le mot "procureur" et la citation de Georges Wolinski :
"Les gens qui n'ont aucun souvenir ont toujours eu une peur panique du lendemain."

mercredi 15 février 2017

& La mayo du fils à Marcel

" Que ceux qui achètent la mayonnaise en tube, en pot, en barquette lèvent la main... Rhôôô! Pas bien !
- Mais de quoi tu te mêles, Ep' ? Ils font ce qu'ils veulent tes gentils gens!
- Évidemment, chacun fait comme il veut ! C'est vrai que tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir un Pépère René...
- Quel rapport avec la mayo ? Raconte !"

Imaginez...
L'immense cuisine, l'immense table des vacances à la campagne et les petits-enfants qui arrivent, affamés après une après-midi de jeux, d'escalades, de tours de vélo, de parties de raquettes, de liberté...
"Qu'est-ce qu'on mange, ce soir ?"
Arrive alors une des réponses préférées de la ribambelle : une salade de tomates (du jardin, bien évidemment), du rôti froid avec de la mayonnaise, du Carré de l'Est et du gâteau de riz, fait par Mamie (pas Nova mais à nous).
YOUPI!
Alors commence le cérémonial de la mayonnaise...
Mon grand-père sort un bol, THE bol, l'Arcopal© avec la marguerite qui a toujours tous ses pétales mais qui sont si pâles, si pâles à force d'être frottés...


Il prend l'œuf qu'il a sorti du vieux frigo voilà au moins une heure. Il prend le pot de moutarde (un de ces verres à moutarde illustrés qui occasionnent tant de palabres au moment de mettre le couvert...), les bouteilles d'huile et de vinaigre, le sel...


 "Zouzou, tu m'aides?"
Aider Pépère à faire la mayo, c'est avoir le grand honneur, l'immense privilège, la lourde responsabilité de casser l’œuf et de n'en garder que le jaune, de tenir le bol puis de verser l'huile sur demande... Et en tant qu'aînée, je me sens investie d'une mission : participer à la réussite de la mayonnaise ! 

Mon grand-père (avec ou sans moi!) ne manqua jamais une mayonnaise ! On pouvait retourner le bol, la mayonnaise tenait au fond, dorée, compacte mais onctueuse, moelleuse et si savoureuse. J'adorais le dernier tour de fourchette grâce auquel mon grand-père décorait la mayonnaise d'un petit "pique" au milieu du pot.

Depuis cette époque, bien qu'il nous ait quittés trop tôt, mon grand-père est à mes côtés à chaque fois que je fais une mayonnaise...

"Que ceux qui ont remarqué l'excellent jeu de mot proposé dans le titre lèvent la main! C'est bien !"

dimanche 12 février 2017

& L'Orphelinat de Nicolas

Une centaine de petits tabourets de bois brut, quelques chaises, une table et un lit du même bois.
Chacun s'assoit. Un à un, les tabourets prennent vie.
Un bocal d'amandes grillées, trois masques de lapins, des cuillères en fer blanc, une photo et un livre.
Le livre.
"Le Capitaine Fracasse".

Appuyé contre le dossier d'une des chaises, il attend le silence des tabourets.
Puis il lance sa première réplique:
" Je vais te dire un truc : la vieillesse, c'est pas une excuse. Il n'y a pas d'adultes, il n'y a que des enfants qui abandonnent.[...]"

Ses deux compères lui répondent...
Sans pause, sans relâche, sans entracte, comme les battements de nos cœurs, tous trois déclament, racontent, témoignent, questionnent, accusent, se confient, se souviennent tout en virevoltant artistiquement au milieu des tabourets habités.

Par leurs regards si chaleureusement humains, par leurs mots simples mais si savamment choisis, par leurs gestes qui enflamment les cœurs, ils nous emmènent au fin fond du Morvan, dans l'abominable orphelinat des Vermiraux.
Jusqu'à la fin de la pièce, durant une heure, on est orphelin.

Et quand Fracasse (alias Nicolas Turon), nous tend une cuillère, nous défend contre les bandits des grands chemins ou contre le duc de Vallombreuse avec un oreiller, nous emmitoufle dans sa cabane d'enfance, nous délivre de la Vidaline, nous raconte pourquoi il est comédien, on a les yeux qui piquent...

Il est de ces spectacles qui changent notre façon de voir le monde.
"Fracasse ou la révolte des enfants des Vermiraux", présenté par la Compagnie des Ô, est de ceux-là !
Si Fracasse passe près de chez vous... n'hésitez pas : déplacez-vous ! 




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