dimanche 15 janvier 2017

& Sammy


Ce jour-là, pour la énième fois, en passant devant le kiosque du vieux Sammy, "Miss Doisnelle" (c'est comme ça qu'il l'appelait!) lui dit :
"Sammy, je vous parie qu'un jour, je réussirai à vous photographier au milieu de vos papiers et que votre portrait passera à la postérité!"
Et comme d'habitude, il lui répondit que jamais, elle ne parviendrait à lui tirer le portrait. Il lui prouva, une fois encore, l'inanité de ses efforts en argumentant qu'il était bien plus malin qu'elle ne le croyait et qu'il aurait le réflexe de se cacher prestement derrière une de ses feuilles de chou sitôt qu'il verrait apparaître son  Rolleiflex.
Et la belle Miss Doisnelle sembla avoir compris. 
Durant plusieurs semaines, elle ne l'ennuya plus avec ses projets de portraits de rues et le vieux Sammy relâcha son attention...

Puis ce qui devait arriver arriva. 
En cette fin du mois d'août, tandis que dans les rues de Chicago, les trottoirs se clairsemaient et que la douce chaleur du soir enveloppait de torpeur passants et bâtiments, elle le vit...
Le coude appuyé sur son minuscule comptoir, le visage bien calé sur sa main, le chapeau solidement vissé sur sa tête chenue, Sammy somnolait dans son original cadre de pâte à papier!  

 




Sans plus attendre, sachant qu'une si belle occasion ne se représenterait pas deux fois et trouvant cette beauté simple et poignante, elle dégaina son argentique, cadra et appuya sur le déclencheur.








Et c'est ainsi qu'aujourd'hui, dans les galeries qui exposent les œuvres de la talentueuse Vivian Maier, on peut voir Sammy le kiosquier dans les bras de Morphée...


Dans ce vieux défi de 2014, il fallait utiliser:
le mot: inanité
l' image:
"Vieux kiosquier" par Vivian Maier
la citation :
"Toute beauté est poignante" -  Amélie Nothomb

mardi 10 janvier 2017

& Le mois de mes dames






Aujourd'hui, 10 janvier, mon petit enfant, ma fille chérie,  ma princesse aux cheveux bleus, ma fée des lavandes, mon adorable elfe des collines, ma Mnee Fantasy, mon incroyable pitchounette a 32 ans !










Dans quelques jours, ma petite mère aura... 39 ans!
Rhhôôô! Zut, ce n'est pas le bon âge ! Chaque année, depuis 38 ans, je me trompe !



Le 21, c'est L. qui soufflera ses 87 bougies.



Trois jours plus tard,  une douce et gente dame que j'ai l'honneur et le bonheur d'avoir pour tANtINE mangera des p'tits beurres, des touyous.




Et si elle était encore parmi nous, ma chère Mamie fêterait ses 104 ans le 31.

Janvier est le mois de mes dames, de ces cinq femmes qui m'ont permis d'être ce que je suis aujourd'hui et que je remercie de faire partie de ma vie.


dimanche 8 janvier 2017

& Enchantement

Tourner une molette.
Manipuler une manette.
Tirer une tirette.
Décheviller une chevillette.
Soulever une languette.

Le petit magicien fait tourner les planètes.
Dans ses yeux, brillent des étoiles et des paillettes.

Tilutin est depuis fort longtemps enthousiasmé par les livres animés, appelés également "livres à système".
Tous ces subtils mécanismes savamment orchestrés font apparaître des volumes, créent des mouvements, modifient les perceptions, aménagent des surprises et plus on grandit, plus les mécanismes sont étonnants...

Et maintenant qu'il sait lire, sur sa jolie frimousse, un sourire supplémentaire apparaît à chaque nouvelle page.
Ah! la magie des livres !
A la magie des images s'ajoute désormais la magie des mots...





"Mon" premier livre pop-up à moi, c'était "Cendrillon".  
C'était un livre édité en 1968 par Hallmark cards France dont j'ai pu retrouver quelques images sur le web. 
Ce livre n'est plus dans ma bibliothèque depuis longtemps mais je l'ai gardé en mémoire depuis toujours.
Et j'espère que "Le Petit Prince" en 3D restera à jamais dans l'esprit de mon Tilutin...



jeudi 5 janvier 2017

& Premier, Basileus, Geneviève, Odilon, Edouard et pis Fanny (ou Balthazar!)

Bonjour TOUT LE MONDE !

Non, non, non, je ne vous souhaiterai pas une bonne et heureuse année puisque malgré tous les vœux sincères et chaleureux que nous nous étions adressés à la même époque l'an dernier (et tous ceux d'avant également!), il semble que notre monde ne soit guère heureux et que les "humains" qui le dirigent ne soient ni bons ni les bons !

Je viens juste vous proposer une petite ordonnance dont la posologie ne devrait pas être difficile à mémoriser et qui pourrait, si la majorité des Homo sapiens sapiens la suivaient, nous faire du bien !

Je prescris :
- des inhalations de bon sens [molécule permettant de discerner clairement ce qui est évident, sans en être distrait par d’autres considérations] ==> toute la journée,
- des pastilles d'esprit critique (à dissoudre sous la langue en cas de situation problème) afin de ne pas céder aux modes et aux idées toutes faites
- du sirop anti-nuisance afin ne jamais nuire aux autres ==> 1 louche matin, midi et soir (graves effets secondaires en cas d'oubli de prise)
- des patchs BONHUMAIN  pour être un "bon" humain ==>1 patch par jour
- sourire ET faire sourire ==> à chaque rencontre ou au minimum  10 fois par jour
- du baume de bienveillance pour être bienveillant envers autrui ==> une application plusieurs fois par jour sur les tempes, les mains et le cœur ; renouveler après chaque utilisation.
- tout manger sans rien gaspiller (à chaque repas)
- partager (ailleurs que sur les réseaux sociaux !)
- prendre soin de notre Terre, de l'eau et de l'air


Je n'ai plus foi en l'humanité mais je crois encore en l'humain.

Le groupe, le trop grand nombre, les abus de pouvoir, les manipulations d'esprits, l’inacceptable impunité des puissants, la santé à deux vitesses, la mondialisation instantanée de l'information qui entraîne la désinformation, le profit,  la notoriété (le buzz!)...  sont autant d'obstacles que notre espèce ne parvient plus à gérer. En plus, les guignols que nous choisissons pour nous représenter nous leurrent, nous mentent, puis nous utilisent et nous exploitent pour enfin nous nuire et s'enrichir à nos dépens. 
Ils sont faiseurs de mort et je leur dis dehors !

Mais l'enfant qui plante un arbre, la trentenaire qui achète son bouquet de persil au marché local, le papy qui recycle ses bouteilles en plastique, le jardinier qui invite syrphes, staphylins et chrysopes dans ses plates-bandes, le citadin qui met des ruches sur son toit tout plat... Eux ne mentent pas, eux ne leurrent personne! 
Ils agissent discrètement mais avec conviction, solitairement mais avec persévérance, sans tapage mais en accord avec leur valeurs et leur conscience, sans couverture médiatique, sans faire le buzz. Ils agissent pour eux mais surtout pour les autres, pour ceux d'en face ou de l'autre côté du monde, pour ceux de demain et d'après-demain. 
Ils agissent pour la vie et je leur dis merci !

Je pense souvent et très fort  à vous tous, amis blogueurs. Vous me manquez ! 
Prenez soin de vous et de ceux que vous aimez!
Soyez heureux !

Illustrations de Marie Cardouat



mercredi 13 avril 2016

& Espèce de cladode !

Les grands voyageurs du XIXème et du début du XXème siècle, curieux de découvrir la Tunisie, ont dû faire de bien jolis croquis des paysages magnifiques qu'ils rencontrèrent au gré de leurs périples. 

Photo d'Ep', croquée par mon gentil ordi...

D'après l'illustration de François Place dans son album "Les Derniers Géants"


Dans leurs petits carnets de voyage, certains d'entre eux ont peut-être également griffonné quelques mots sur la colonisation, oups, pardon ! sur le "protectorat" français...

Selon leur orientation politique, soit ils ont évoqué avec satisfaction (voire avec délectation pour les plus fervents "protecteurs") les innombrables avantages et progrès de la colonisation et l'indiscutable supériorité de l’agriculture européenne sur le mode de vie nomade et l’agriculture indigène; soit ils ont puissamment dénoncé l'indécence de la "bien-pensante" mise en valeur européenne dans les pratiques agricoles et se sont insurgés avec véhémence contre l'inacceptable aliénation forcée des terres, des pierres, des idées, des personnes et des coutumes locales. Mais, sur ce sujet, point de cladodes !

En 1956, la Tunisie accéda à l'indépendance. La violence de la lutte n’atteignit pas l'horreur des évènements en Algérie (ou fut-elle simplement moins médiatisée ?), mais comme pour le Maroc, la quête de l'autonomie en Tunisie ne se fit ni dans la douceur ni dans le respect. Ici non plus, pas de cladode en vue !

Mais alors, me direz-vous, "cladode": qu'est-ce ?


Ce sont ces larges coussins épineux que mes yeux ébahis ont vus sur des kilomètres et des kilomètres tandis que nous traversions la plaine tunisienne : des cladodes de nopal, des cladodes de nopal et encore des cladodes de nopal,

Ce sont ces arbustes aux épines acérées que Jules César aurait pu utiliser (de l'Opuntia ficus-indica) lors du siège d'Alésia mais comme il n'en avait pas, Julius se rabattit sur d'autres méthodes défensives. Quand t'as pas de nopal, tu prends du local !

C'est sur ces grosses raquettes pleines d'épines que poussent les savoureuses "handi", les "guergueb" ou encore le "Soltane El Ghalla" (le roi des fruits)... Vous l'avez deviné : sous tous ces noms "barbares" se cache le figuier de Barbarie. 


[L'orgue de Barbarie est à la figue du même nom ce que la trompette bouchée est au cidre." (Pierre DAC, bien sûr!]

J'aurais pu intituler mon billet "Figui-haie" tant le nopal est abondamment utilisé pour délimiter les terres tunisiennes mais c'eût été moins drôle. 


Le figuier de Barbarie est en effet le végétal par excellence (ce n'est pas le roi des fruits pour rien!) : barrière défensive ET barrière coupe-feu, il pousse dans les zones arides. 
Son fruit est délicieux et rempli de trucs très chouettes pour la santé et pour la beauté : vitamine C, minéraux, oligo-éléments, grande teneur en fibres, faible apport calorique, et tout, et tout...
Et même les animaux peuvent manger ses cladodes... Les raquettes sèches servent de fourrage.

Et je dirais même plus : le figuier est également un monument chargé de l'histoire de la Tunisie...
Ici ou là, des champs de figuiers laissés à l'abandon cachent à peine les ruines d'anciennes fermes coloniales... Les vestiges oubliés du travail et de la souffrance des hommes.
Ailleurs, protégés par de belles haies de figuiers bien entretenues, les douars racontent un joli pan de l'histoire de la Tunisie... et là, le cœur du voyageur est réjoui.

Et si, par hasard,  vous ne trouviez pas la panoplie complète du joueur de tennis chez votre fournisseur habituel de matériel de sport, plantez un arbre à cladodes dans votre jardin: vous aurez à volonté raquettes et balles colorées ! ;)

PS: Pensez à prendre des gants avant d'entrer sur le cours: le nopal, c'est l'inverse du petit pois!

Et comment parler de figues sans citer Paul Dullac, notre Escartefigue national... Peuchère!





dimanche 10 avril 2016

& La belle prim(e)


La première fois que je l'aperçus, elle était là, toute seule, face à ce beau soleil qui enflammait le ciel. Je trouvai l'image poétique car la belle, à défaut d’être violette, avait pris une délicate teinte orangée et sa silhouette ainsi colorée donnait au paysage une profondeur inattendue.

La seconde fois que je la vis, la semaine suivante, à peu près à la même heure, elle était exactement au même endroit. Immobile, elle admirait le soleil couchant du haut de son promontoire et semblait plongée dans ses vertes pensées. Je souris.

La troisième fois (promis, c'est la vérité!), l'horizon n'était pas rougeoyant mais plutôt gris perle et pourtant, ma prim' était là ! Face à l'ouest du couchant, elle scrutait la plaine environnante du haut de son observatoire et ne détourna pas plus son regard vers moi que les deux fois précédentes. Je re-souris...

La quatrième fois (oui, il y eut une quatrième fois!), je me surpris, en approchant du virage de notre rendez-vous, à me demander si elle serait là... et elle était là ! Ses comparses étaient éparpillées dans la prairie mais elle, l'héroïne de l'instant, telle une gardienne du temple (on ne peut pas dire "vestale" pour une vache laitière... sauf si c'est une génisse !), observait sans relâche la ligne d'horizon...

Semaine après semaine, je n'ai plus compté nos rencontres fortuites mais j'ai souri à chaque rendez-vous non manqué. 
Et je suis ravie que la laitière connaisse le soleil qui poudroie et l'herbe qui verdoie, la pluie qui ruisselle et le parfum des mirabelles. Tant d'autres n'auront jamais cette chance!

Je me suis dit qu'un jour, il faudrait que j'écrive un billet sur la vache sur sa collinette. Voilà, c'est fait , mais je suis fort marrie de ne point connaître le prénom de ma belle Prim'...


La même (ou une lointaine cousine!), si joliment racontée par Jules Renard, un de mes maîtres à regarder, à penser et à écrire !

"Las de chercher, on a fini par ne pas lui donner de nom. Elle s’appelle simplement « la vache » et c’est le nom qui lui va le mieux.
D’ailleurs, qu’importe, pourvu qu’elle mange !
Or, l’herbe fraîche, le foin sec, les légumes, le grain et même le pain et le sel, elle a tout à discrétion, et elle mange de tout, tout le temps, deux fois, puisqu’elle rumine.
Dès qu’elle m’a vu, elle accourt d’un petit pas léger, en sabots fendus, la peau bien tirée sur ses pattes comme un bas blanc, elle arrive certaine que j’apporte quelque chose qui se mange. Et l’admirant chaque fois, je ne peux que lui dire : « Tiens, mange ! » Mais de ce qu’elle absorbe elle fait du lait et non de la graisse. À heure fixe, elle offre son pis plein et carré.
Elle ne retient pas le lait, – il y a des vaches qui le retiennent, – généreusement, par ses quatre trayons élastiques, à peine pressés, elle vide sa fontaine. Elle ne remue ni le pied, ni la queue, mais de sa langue énorme et souple, elle s’amuse à lécher le dos de la servante.
Quoiqu’elle vive seule, l’appétit l’empêche de s’ennuyer. Il est rare qu’elle beugle de regret au souvenir vague de son dernier veau. Mais elle aime les visites, accueillante avec ses cornes relevées sur le front, et ses lèvres affriandées d’où pendent un fil d’eau et un brin d’herbe.
Les hommes, qui ne craignent rien, flattent son ventre débordant ; les femmes, étonnées qu’une si grosse bête soit si douce, ne se défient plus que de ses caresses et font des rêves de bonheur.
Elle aime que je la gratte entre les cornes. Je recule un peu, parce qu’elle s’approche de plaisir, et la bonne grosse bête se laisse faire, jusqu’à ce que j’aie mis le pied dans sa bouse."

(Histoires Naturelles - 1894)

jeudi 7 avril 2016

& Seuls sur Mars

Matt Damon, dans le dernier film de Ridley Scott, se retrouve tout seul sur la planète rouge...

D'autres spationautes vécurent également une aventure extrême mais on s'est bien gardé d'en parler dans les médias......


Les deux hommes décollèrent de notre bonne vieille Terre par un beau dimanche d'avril, en début d'après-midi. Ils devaient revenir sans dommage à leur base, sur Terre, sitôt leurs différentes missions menées à bien. 
Ils avaient subi et réussi d'innombrables tests physiques, psychologiques, médicaux et techniques. Ils avaient répété des centaines de fois les mêmes gestes, relancé encore et encore les différents programmes, étape par étape. Ils avaient revérifié ligne par ligne l'ensemble des consignes de décollage, de vol, les directives compliquées pour poser leur vaisseau sur la planète rouge et les différents modes opératoires en cas de problème. Ils étaient prêts.

Munis chacun d'un équipement des plus sophistiqués, ils ont donc embarqué à bord de leur fusée sous les regards émus de leurs familles. Dans un vrombissement puissant qui fit trembler le sol de longues minutes, les moteurs de leur engin furent lancés à pleine puissance et la fusée, libérée de ses attaches terriennes, s'éleva lourdement puis monta rapidement pour n'être bientôt plus qu'un point minuscule au fin fond du ciel...




La mission dura longtemps et sur terre, l'équipe au sol attendait impatiemment le retour des deux astronautes.
C'est alors que le message suivant arriva:
"Allo, la Terre! Ici la planète Mars ! L'équipage se porte bien. Par contre, nous avons un problème technique... L'un des membres d'équipage n'a plus assez d'énergie dans ses batteries pour rejoindre la base. Il faut nous envoyer un vaisseau patrouilleur pour nous récupérer. Voici nos coordonnées : 292719 XXY et 658791 ZZK. On vous attend dans le sas en verre."


J'ai donc pris ma petite voiture. J'ai rejoint le point de rendez-vous (l'abri bus du village voisin!) où j'ai retrouvé un adorable papy sous son bonnet orange qui agitait lentement un immense phragmite (roseau sans doute cueilli au bord d'un marais martien!) et un non moins adorable petit cosmonaute tout encapuchonné qui m'a accueillie en me disant avec un grand sourire: 
"Désolé, mamie mais je n'ai plus assez d’énergie ! Papy n'en a presque plus non plus. On a fait un immense voyage intergalactique et il ne me reste que 1 % dans mes batteries. Comme c'est l'heure du goûter, on va rentrer et je vais me refaire de l'énergie !"

A la maison, après avoir rechargé leurs batteries, les deux spécialistes de l'univers sont repartis pour une expédition intra muros mais cette fois-ci dans une forêt enchantée pleine de dragons cracheurs de feu et d'animaux imaginaires à chasser...

Une belle idée du bonheur, pas vrai ?...


Splendides œuvres de Su Blackwell






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