dimanche 14 décembre 2014

& Carthage: j'aime!

Mais non, pas Carthagène... Carthage: j'aime!

La reine Didon dîna, dit-on, du dos d'un dodu dindon... se tira de Tyr et fonda une cité sur les rivages tunisiens pour s'y installer avec les Phéniciens qui l'accompagnaient! 

Maline, la gamine ! Les autochtones lui octroyèrent un territoire qui devait tenir, stricto sensu, "dans la peau d"un bœuf".
Pour obtenir le plus vaste territoire possible tout en respectant la contrainte, elle coupa la peau d'un bœuf en fines lanières qu'elle mit bout à bout et elle put ainsi ériger une ville d'une belle superficie: Carthage!

 









Et là, je me souviens de mon programme d'histoire de sixième :
UN PEUPLE DE LA MER : LES PHÉNICIENS
Agriculteurs et planteurs de cédraies (ben oui, les cèdres du Liban, c'est eux!), commerçants, artisans, un peu pirates, ils sont les ennemis jurés des Romains.
Des images me reviennent en tête : Hamilcar, son fils Hannibal Barca et ses éléphants, les guerres puniques, Scipion l'Africain (dommage qu'il ne fût point contemporain de Descartes car avec des cartes et six pions, on peut passer de bons moments!), le pourpre phénicien (à ne pas confondre avec le blond vénitien!!!)... 




Et cet été, j'ai eu le grand bonheur de fouler le sol de Carthage...
Les pages de mon vieux BORDAS (Printed in France 1970) se sont réouvertes et animées sous mes yeux :
- la civilisation phénicienne et ses beaux voiliers;
 
 Photos prises pendant le splendide spectacle son et lumière à Medinat Alzarha Parc

- la construction de la belle cité carthaginoise sur les bords de la Méditerranée;
- la possession de la Corse, de la Sardaigne et de la Sicile. (J'aimerais tant voir Syracuse!)
- les offrandes au dieu Baal et à la déesse Astarté;
- les soldats puniques sur le pied de guerre;
- l'alphabet phénicien;
- les douloureuses défaites des Carthaginois;
- Caton, le Romain rabat-joie et vindicatif et son célèbre "et ceterum censeo cartaginem esse delendam";
- ce qui finit par arriver en 146 av. J.-C. avec la destruction totale de Carthage par les Romains, "Carthago delenda est".
- la reconstruction d'une cité romaine sur les ruines de Carthage;

Outre la relecture de cette page d'histoire antique, marcher dans les ruines de Carthage m'a rapprochée de Salammbô et des derniers instants de Louis IX, roi de France fort pieux (trop sans aucun doute!) mort devant Carthage en 1270 au terme de la huitième et dernière croisade.


 Ancienne Chapelle Saint-Louis et actuelle Cathédrale Saint-Louis

Je ne connais pas Carthagène mais Carthage, j'aime!


jeudi 6 novembre 2014

& Celui qui venait peut-être de Noyon

Bou Diou!

Oups, pardon pour ce juron bien mal venu au tout début d'un billet sur un saint... mais c'est ce qui me vient spontanément à l'esprit après avoir lu la vertigineuse biographie du grand Noyonnais... Il en a fait des trucs ce Gallo-romain!
Le grand Noyonnais, non, vous ne voyez pas qui c'est ?

Il y a moi, et toi, et lui Éloi !
Le bon Saint Éloi, quoi!
Celui qui pouvait dire au roi
"Votre culotte n'est pas à l'endroit !"
Mais aujourd'hui et c'est mon droit,
De lui, je ne vous parlerai pas.

Je vous parlerai d'un Eloi que je ne connais pas,
D'un Eloi que l'on ne chante pas, d'un Eloi loin des rois,
D'un Eloi dont je ne sais ni le nom, ni l'âge, ni la voix,
D'un Eloi qui était fils, époux, neveu ou papa,
Qui un jour de 14 s'en est allé loin, là-bas,
Pour creuser des tranchées dans la brume et le froid.
Un Eloi courageux, pétri d'espoir et de foi
Qui marcha loin des siens, en soufflant sur ses doigts,
Qui dormit dans la boue, près des morts et des rats.
Un Eloi amoureux de la vie, qui voulait la serrer dans ses bras...

ELOI
Ces quatre lettres d'or gravées dans le marbre
brillent dans la lumière d'automne
sur des centaines de colonnes
et de Marseille à Boulogne
peut-être même à Noyon,
on entendra le 11 novembre
au milieu des fleurs en couronnes

.... ELOI, MORT POUR LA FRANCE








lundi 3 novembre 2014

& Pour faire plaisir à Fibonacci

Octobre est fini, tant pis pour lui!
Jadis, il était le huitième mois du calendrier romain. Il fut relégué à la dixième place dans le calendrier julien. Jules César, le réformateur, eut son mois (Juillet) et son successeur Auguste, itou (Août), ce qui changea tout. Et le petit père Grégoire - pardon, Sa Sainteté Grégoire le Treizième! - garda l'ordre et le nom des douze mois dans son calendrier.


Quand j’avais 8 ans, Sœurette en avait 4, Cousin Cow-boy en avait 2, Cousinette en avait 1....
Les trois derniers du Clan des Sept (cousins) vinrent plus tard...
Mais ça, ça ne fait pas plaisir à Fibonacci.

 
Par contre, si je montre ça 











 ou ça




ça, ça va faire plaisir à Fibonacci!

Pourquoi ?
Parce que 8 est un des nombres de Fibonacci... Kézako?
Un nombre à Fifi, c'est un nombre qui fait partie de sa suite: 0, 1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21...
Et la suite de cette suite... c'est... c'est... c'est 34 parce que dans la suite à Fifi, chaque nombre est égal à la somme des deux nombres qui le précèdent. Tu me suis ?
Et la suite de Fifi se représente ainsi, à l'infini... comme la spirale d'une coquille d'ammonite:
Bon maintenant que Fifi est content avec le huit de sa suite, voyons la s'huit!

88888888888888888

C'est facile à dessiner, un huit : une petite Majorette 1/55ème et hop, c'est parti pour un tour de circuit! Vroum!
C'est joli un huit! C'est tout rond comme un bonhomme de maternelle : une tête & un ventre.
C'est très joli, un huit : ça ressemble à une esperluette dont les mains sont dans les poches!
C'est chouette un huit, on peut lui colorier la tête et le bidon.
C'est infini, un huit: pas de début ni de fin. On sait quand on le commence mais on ne sait pas quand on le termine!
C'est apaisant un huit: pas de pointu, pas de piquant, pas de ligne droite ni brisée.
C'est inspirant un huit: quand on gribouille au téléphone, il fait souvent partie de nos zentangles.
C'est symétrique un huit : un reflet horizontal & un reflet vertical.
C'est symbolique un huit: 8 rayons de la roue bouddhiste (l'octuple sentier qui mène à l'éveil... ); 8 dessins auspicieux (c'est pour toi si tu sais dessiner);  8 axes d'un mandala... Va voir et tu sauras tout, tout, tout, sur le huit.
C'est omniprésent un huit : 8 pattounes d'une araignée; 8 tentacules de Poulpie, la pieuvre; nombre atomique de notre bon vieil oxygène; 8 directions de la rose des vents; boule de billard numéro 8; l'A8; le G8; les 3-8; Oncle Octave et Tante Octavie; Gaius Octavius; ...
C'est lumineux un huit : les rosaces gothiques sont pleines de 8, de 2, de 4, de 16, de 32 sur les façades de nos cathédrales. Va voir à Clermont-Ferrand, à Auch, à Amiens, à Reims, à Laon...
Rosace de Notre-Dame de Tournai
C'est un nombre incontournable, le 8, dans le Disque-monde de Terry Pratchett : une jolie huitième couleur dans l'arc-en-ciel, l'octarine, huit jours dans la semaine, huit sortilèges, un métal magique, l'octefer et un gaz, l'octigène! Et tant d'autres choses à découvrir dans la trentaine de tomes à lire !

En résumé, un huit a de la s'huit dans les idées....

Et c'est sûr, Fibonacci a dû naître dans un chou...
Peut-être même dans un chou romanesco... C'est encore plus beau!

samedi 1 novembre 2014

& Souffles

Hélas, je n'ai pas écrit le poème qui suit.

Les mots magnifiques que je vous offre maintenant sont de Birago Diop (1906-1989), écrivain et poète sénégalais. Il rendit hommage à la tradition orale de son pays en publiant notamment des contes traditionnels.
Ici, un extrait de "Sarzan", un des "Contes d"Amadou Koumba", écrits en 1947.


Écoute plus souvent
Les choses que les êtres
La voix du feu s’entend,
Entends la voix de l’eau.
Écoute dans le vent le buisson en sanglots :
C’est le souffle des ancêtres.
Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
Ils sont dans l’ombre qui s’éclaire
Et dans l’ombre qui s’épaissit.
Les morts ne sont pas sous la terre :
Ils sont dans l’arbre qui frémit,
Ils sont dans le bois qui gémit,
Ils sont dans l’eau qui coule,
Ils sont dans l’eau qui dort,
Ils sont dans la case, ils sont dans la foule :
Les morts ne sont pas morts.
Écoute plus souvent
Les choses que les êtres
La voix du feu s’entend,
Entends la voix de l’eau.
Écoute dans le vent
Le buisson en sanglots :
C’est le souffle des ancêtres morts,
Qui ne sont pas partis
Qui ne sont pas sous la terre
Qui ne sont pas morts.

Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
Ils sont dans le sein de la femme,
Ils sont dans l’enfant qui vagit
Et dans le tison qui s’enflamme.
Les morts ne sont pas sous la terre :
Ils sont dans le feu qui s’éteint,
Ils sont dans les herbes qui pleurent,
Ils sont dans le rocher qui geint,
Ils sont dans la forêt, ils sont dans la demeure,
Les morts ne sont pas morts.

Écoute plus souvent
Les choses que les êtres
La voix du feu s’entend,
Entends la voix de l’eau.
Écoute dans le vent
Le buisson en sanglots,
C’est le souffle des ancêtres.

Il redit chaque jour le pacte,
Le grand pacte qui lie,
Qui lie à la loi notre sort,
Aux actes des souffles plus forts
Le sort de nos morts qui ne sont pas morts,
Le lourd pacte qui nous lie à la vie.
La lourde loi qui nous lie aux actes
Des souffles qui se meurent
Dans le lit et sur les rives du fleuve,
Des souffles qui se meuvent
Dans le rocher qui geint et dans l’herbe qui pleure.
Des souffles qui demeurent
Dans l’ombre qui s’éclaire et s’épaissit,
Dans l’arbre qui frémit, dans le bois qui gémit
Et dans l’eau qui coule et dans l’eau qui dort,
Des souffles plus forts qui ont pris
Le souffle des morts qui ne sont pas morts,
Des morts qui ne sont pas partis,
Des morts qui ne sont plus sous la terre.

Écoute plus souvent
Les choses que les êtres
La voix du feu s’entend,
Entends la voix de l’eau.
Écoute dans le vent
Le buisson en sanglots,
C’est le souffle des ancêtres.

Birago DIOP

Une bien jolie façon de parler des morts, non ?
Leur fête, c'est demain.
Aujourd'hui, c'est la fête de tous les saints.

jeudi 30 octobre 2014

& Vous entendez comme ça sent bon ?

La cuisine est immense.
La fenêtre est grande ouverte.
Le soleil d'août entre chaleureusement dans la pièce.
Dehors, les hirondelles des cheminées dessinent sans relâche des V dans le ciel bleu.
Sur la longue table, bien au centre, sur un napperon crocheté au point de Venise, un magnifique bouquet de glaïeuls colore la pièce de ces hampes éclatantes.
Le délicieux parfum d'une tarte aux mirabelles embaume l'air ambiant.
Les mouches de l'été vrombissent inlassablement puis, stupides diptères, se posent pour une petite pause sur le tortillon collant suspendu au plafond.


Devant la fenêtre, la grande pierre à eau.
Devant la pierre épaisse et massive, dans la lumière du soleil d'été, une gamine, le sourire aux lèvres, frotte, frotte, frotte.
Elle frotte de toutes ses forces dans la cuve de pierre.
Elle frotte de toutes ses forces avec une brosse à chiendent.
Elle frotte un tapis et plus elle frotte, plus ça mousse.
Et plus ça mousse, plus elle sourit...


Après, elle fera couler l'eau sur le tapis pour que toute la mousse glisse doucement vers le trou d'évacuation.
Avec la brosse, elle frottera de nouveau pour que tout le tapis soit bien rincé puis, après l'avoir essoré tant bien que mal de ses petites mains enfantines, elle courra vers le jardin pour suspendre le tapis sur la corde à linge.
Les gouttes d'eau dégringoleront le long du tapis bien propre et brilleront comme des diamants dans la lumière.
Elle rentrera et criera, toute joyeuse: " Mamie, ça y est, j'ai étendu le tapis! Tu veux que j'en lave un autre ?"

☺☺☺☺☺

La petite fille a bien grandi mais aujourd'hui encore, quand elle frotte son évier de pierre (pas une large pierre à eau, hélas!) avec une brosse à chiendent, elle entend comme ça sent bon!

mercredi 29 octobre 2014

& So...quoi?

Sculpture originale dans le zoo de Friguia en Tunisie
(l'artiste serait Amar Amarni )

Quand Maîtresse Jill Bill a dit "Sophronue",
Moi, Epamine, je suis tombée des nues!
Quoi qu'est-ce "Sophronue"?
Sans doute une coquecigrue!

Que nenni, c'est presque Sophronie
mais avec beaucoup moins d'habits...

L'histoire n'a rien retenu de Dame Sophronue
On ne sait rien de la belle au prénom saugrenu.
Était-elle reine, marquise ou allait-elle pieds nus?
Portait-elle velours et satin ou errait-elle nue?




 


De Sophronie, par contre, on connaît l'histoire:
Elle fit grand bruit et elle connut la gloire.
En première croisade, la pieuse Sophronie
Déroba une image de la Vierge Marie.
Condamnée au bûcher avec le preux Olinde,
Elle échappa aux flammes grâce à la belle Clorinde.
Le Tasse nous dit tout dans son épique poème
Et nous narre comment Godefroy conquit Jérusalem.
 
Mais revenons à Sophronue...

"Sophro", hmmm, ça commence bien!
L'harmonie de la conscience, ce n'est pas rien!
Elle en avait de la chance, la donzelle
De commencer dans la vie de manière si belle.

Mais pour la fin,
Comme il ne lui restait rien,
La belle ingénue
Se retrouva toute nue!

On l'appela Sophronue.

dimanche 26 octobre 2014

& Il y a pschent et pschittt

Pschent... 
Ce n'est pas parce que le Capitaine Haddock l'a ignoré de sa liste d'injures et lui a préféré "olibrius", "anacoluthe", "apophtegme" et "sinapisme" que vous n'avez pas le droit d'utiliser ce mot comme insulte: "Triple buse, bachi-bouzouk, pschent de carnaval"...
J'aime bien, moi!

Habile mélange de la Haute et de la Basse-Egypte, voici le pschent [pskent].  Je suis quasiment certaine qu’aucun d'entre vous n'a jamais écrit la moindre ligne sur le pschent pas plus que sur le pschitt, d'ailleurs... pas vrai? Et avez-vous seulement réfléchi deux petites secondes au calvaire du porteur de pschent et aux souffrances du pschitt ? Nenni!
Bande d'ingrats!

Je laisse aux émérites, éminents et érudits égyptologues le soin de vous initier aux vicissitudes de la vie de Pharaon, de vous expliquer en détail l'union de la mitre et du mortier et de vous faire porter non pas le chapeau mais le pschent.
C'est si seyant, si, si!

Moi, je vais vous parler du pschitt!

Le pschitt, à défaut d'être à l'orange ou au citron et d'être bu bien frais en période caniculaire, est également une onomatopée.

Et quelle onomatopée, me direz-vous?
PSCHIIIIIITTTTTT!
Celle que produit un petit bout de plastique, strié le plus souvent, perforé à l'une de ses extrémités, délicatement concave de l'autre et judicieusement percé d'un minuscule petit trou sur le côté, lorsqu'on lui appuie dessus pour expulser sous forme d'aérosol le mélange contenu dans le récipient sur lequel il est fixé.

Et en été, le bouton qui fait "pschitt", il s'en prend plein la tête.
A peine le libère-t-on du capuchon qui le protège ou plutôt qui l'emprisonne, qu'on l'écrabouille d'une ou de plusieurs terribles pressions du doigt pour lui faire cracher sous forme de postillons légers tout ce qu'il y a dans le ventre de la bête... Pauvre petit bouchon!

Et en été, c'est la fête du pschitt! Brumisateur d'eau, huile de bronzage, lotion anti-moustique, déodorant, mousse à raser, solution désinfectante, désodorisant, crème chantilly, médicaments... Comme il est de toutes les sorties et de tous les voyages, le pschitt est dans tous les sacs, dans toutes les valises, dans toutes les mallettes, dans tous les coffres.

Et puis un jour, comme ça, sans prévenir, quand il en a vraiment assez de se faire aplatir pour un oui pour un non, il cesse ses bons et loyaux services, il rend son tablier sa buse: il se ferme bouche!
Dès lors, on emploie tous les grands moyens pour lui faire crachouiller la moindre gouttelette: on appuie avec un pouce, avec les deux pouces, avec la paume de la main, on l'arrache brutalement de son support et on lui souffle dans les bronches le gicleur.
Damned! Le pschitt ne postillonne plus!  HS le pschitt ! Plus de PSCHIIIIIIITTTTTT! Plus de pich-pich...

Alors, après avoir mesuré l'ampleur des dommages collatéraux en secouant une dernière fois la bombe désormais inutilisable bien que remplie, on se dirige d'un pas las vers la poubelle de tri sélectif la plus proche et sans un mot d'adieu, on se débarrasse à tout jamais du pauvre flacon à pschitt.

Personnellement, je suis comme Bourvil: je préfère le piston,enfin, les flacons à piston! Ils polluent moins avant, pendant et après usage que le p'tit pschitt...

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