Désolée, Messieurs, je ne vous parlerai pas ici des
mensurations de la délicieuse jeune fille de Lorraine qui aura l’honneur, au
regard de sa beauté, de porter cette année le titre tant convoité de "Miss
Mirabelle".
Je ne vous dévoilerai pas non plus sa photo.
D’ailleurs, je ne suis pas certaine que le concours ait déjà
eu lieu…
Ma Miss Mirabelle à moi a tout de même l’art et la manière de se faire
attendre, de se faire désirer.
Déjà, elle nous apparaît telle une jeune fille en fleur,
toute de blanc vêtue et profite longuement du soleil printanier en dévalant le
flanc des collines du Saintois ou en se prélassant dans les vergers, près des
villages.
Puis, après le passage de quelque abeille ou d’un élégant
papillon, elle change d’allure, s’arrondit et se cache parmi les feuilles en
revêtant un bel habit vert tendre.
Et sous le chaud soleil de l’été, la belle demoiselle se
métamorphose encore, s’enrobe de lumière dorée, se pare de perles de sucre, se gorge de jus et tente le promeneur qui ne
peut s’empêcher de lui tendre la main... pour la cueillir et la croquer…
Dites-moi le mot "mirabelle" et je vous raconterai:
- les réveils tonitruants que ma grand-mère organisait dès potron-minet,
- la chaleur écrasante du mois d'août compensée par la fraîcheur de certains vergers où nous ramassions des tonnes de fruits dorés,
- la lourdeur des caisses à charger sur la charrette et des bâches (avant d'être en plastique, c'était des filets en tissu qui, quand ils pleuvait, pesaient très lourd!) qu'on étendait sous les arbres,
- la hauteur des branches alourdies de fruits mais inaccessibles pour notre crochet,
- l'odeur des punaises écrasées sous nos pieds,
- le "pschitt" des bouteilles de limonade ou de panaché, gardées au frais dans le ruisseau,
- le moelleux de la brioche déballée pour le quatre heures et accompagnée de carrés de chocolat,
- les imperméables en sacs poubelles pour ramasser même sous les terribles orages,
- les "philippines",
- les kilos de mirabelles avalées dans la journée et les conséquences en soirée.......
- la pesée des caisses, le soir au dépôt du village, et notre sourire à la lecture du chiffre griffonné sur le papier quadrillé,
- l'inégalable saveur des tartes et des confitures à la mirabelle que ma Mamie nous préparait...
Bref, dites-moi "mirabelle" et je serai encore plus heureuse qu'une miss !









