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samedi 31 août 2019

& On m'avait dit

Jadis, quand j'y pensais, il m'était difficile, voire impossible, d'associer cet état à quoi que ce soit de connu de mes petites cellules grises.

D'anciennes gens, estimables ou pas, m'avaient avisée que c'était bien; d'aucuns avaient même osé le "très bien!", ponctuant leurs propos par un incontournable "Tu verras!"

Fichtre!  Cornebidouille !

Je vois !

"Pinaise!" comme dirait Omer Simpson... Non, non, ce n'est pas bien, ni même très bien, c'est GÉNIALISSIME!... 

Demain, 1er septembre 2019, je serai officiellement retraitée de l'Education Nationale mais dans ma tête et dans ma vie, je suis en retraite depuis le 5 juillet ! Et depuis cette date, je suis dans une espèce de bulle spatio-temporelle que dont je profite sans modération.

Etre en retraite c'est être vraiment soi-même, enfin ! On prend le temps, on prend son temps pour mieux le partager, on le donne, on en perd pour mieux en trouver et surtout, on ne le tue pas, au contraire, il passe très vite, si vite...

Comment peut-on redouter d'être en retraite ? Comment peut-on craindre de s'ennuyer ?
Mes petites cellules grises fourmillent de projets, d'idées...

Pendant quarante années, j'ai accompagné, guidé, conseillé des centaines d'enfants avec un plaisir immense et leur présence m'a octroyé un sublime "déni de vieillesse"...

Il me faudra bien encore quarante années pour mener à bien tout ce que je veux faire et pour doucement vieillir... 

dimanche 21 juillet 2019

& Quand la retraitée se souvient...

Pour empêcher la chaleur accablante de l'été de pénétrer dans la maison, les persiennes ont été fermées tôt dans la journée par la sœur aînée.
Dans la soirée, la cadette s'est affairée dans la cuisine pour préparer une rafraîchissante citronnade. 
Elle a ensuite déposé la carafe glacée et six grands verres sur un plateau de papier mâché laqué noir qu'elle a apporté sur la table basse du salon.

Les deux sœurs ont invité pour l’événement, deux fillettes et leurs parents. Tous se sont installés devant la télé, les gamines se sont assises sur le tapis tandis que les adultes ont pris place sur le canapé et les fauteuils.
Le temps s'est écoulé au rythme lent du balancier de la grosse horloge.
Les yeux rivés sur les images en noir et blanc du petit écran, personne ne parlait à l'exception de Jean-Pierre Chapel et de Michel Anfrol, commentateurs de l'O.R.T.F.

Le mot "torpeur" a alors pris tout son sens : "Ralentissement général des manifestations de la vie". Même les moustiques ont interrompu leur vrombissement exaspérant.

A Villeneuve-sur-Lot, en cette nuit du 21 juillet 1969, à l'unisson de tous ses voisins de Terre, une gamine de presque 8 ans a applaudi le premier pas de l'Homme sur la Lune.

Aujourd'hui, la gamine vient de prendre sa retraite...



samedi 25 août 2018

& Rencontre

Je suis là-haut, sur "ma" colline, près du Signal battu par les vents et devant moi, à perte de vue, s'étendent les terres moissonnées, les pâturages et les bois, les villages aux toits écrasés de soleil et les petites routes sinueuses qui se faufilent entre les vallons.
De là-haut, le paysage est à la fois grandiose et paisible, vertigineux et humble, puissant et doux... 
J'en connais chaque courbe, chaque mouvement, chaque ondulation et les perpétuels changements imposés à la nature par la main de l'homme altèrent toujours un peu mon bonheur presque parfait d'être là.
Par cette belle après-midi d'été, comme à chaque fois que je monte sur cet éperon rocheux, je respire à pleins poumons, j'écoute le silence et le vent m'apporte parfois le tirelire d'une alouette volant en contrebas.
Comme à chaque fois, je me sens libre, vivante...

C'est alors que j'entends une petite voix derrière moi : "Bonjour ! T'as trouvé des étoiles, toi ?"
En me retournant, j'aperçois une petite fille accompagnée d'une jeune femme qui s'excuse poliment du comportement de la fillette.

"Mais je vous en prie! "
Et je reprends en m'adressant à la petite fille :
" Non, je n'ai pas trouvé d'étoiles car aujourd'hui, je n'en ai pas cherchées. Avant, on avait le droit de creuser le sol pour trouver des petites étoiles mais depuis quelques années, c'est interdit car les gros trous abîment la colline et les fleurs!
- Je sais. Maman me l'a dit !
- Donc tu es une grande fille raisonnable ! Bravo !
Et voilà la poupette qui commence à me poser des questions comme si elle m'avait toujours connue...
"Tu fais quoi comme travail ?
- Je suis maîtresse d'école. Je m'occupe des grands du CM2.
- Moi je vais rentrer en CE1 et ma sœur chez les moyens. T'en as beaucoup des étoiles d'avant ?"
...
Et pendant de longues minutes, le joyeux babillage de l'enfant égaie le silence du plateau. 
Tout y passe : les étoiles, bien sûr, mais aussi les vaches, sa petite sœur, ses grands-parents, les cousins, les vacances, le vélo, les mirabelles, la confiture de groseilles, le boulanger, les papillons, les robes de princesses, les fleurs des champs, les petits pois, la toile de tente, les raquettes....

C'est incroyable comme en si peu de temps, on peut penser à un si grand nombre de choses!

Une fois encore, en montant sur "ma" colline, j'ai rencontré la petite fille que j'étais et que je ne cesserai jamais d'être...




samedi 6 janvier 2018

& #Eux

Quand elle pose son regard sur lui, je peux presque voir les minuscules étoiles dorées qui s'envolent de ses yeux clairs.
Quand il lui pose une question, je peux presque voir les petits cœurs qui se dessinent sous le point d'interrogation.
Quand elle répond à sa question, je peux presque entendre les plumes et le duvet qui se posent à côté de ses mots.
Quand il rit avec elle, je peux presque entendre les microscopiques bulles d'amour qui éclatent entre deux rires.
Quand ils parlent cuisine et dégustation entre eux, je peux presque sentir le fumet délicieux de leurs petits plats.
Quand ils parlent jeux vidéo entre eux, je peux presque apercevoir les personnages sur leur écran.

Quand elle répare ou fabrique avec ses mains magiques, j'aime le regarder quand il la regarde.
Quand il joue ou réfléchit avant de poser sa carte, j'aime la regarder quand elle le regarde.

Quand ils sont l'un près de l'autre, penchés sur un livre ou encâlinés pour une pause-tendresse, je me dis qu'ils ont déjà tout ce qu'il faut pour former une belle petite équipe, même quand je serai partie.

Je lui ai donné la vie.
Elle lui a donné la vie.
Eux, ils ne sont pas toute ma vie mais ils en sont le sucre, le sel et l'acidulé. Moi, je suis la mère et la grand-mère.
Aujourd'hui, nous fêtons les anniversaires de mes deux beaux capricornes aux yeux clairs.


mercredi 3 janvier 2018

& Jeux sans frontières

La plupart du temps, les équipes sont facilement identifiables. Parfois, pourtant, quelques joueurs de dernière minute entrent sur le terrain sans qu'aucun enregistrement ni identification n'ait été effectué. 
Aucune importance ! Faisons fi de l'origine et du nom des participants.
Plus on est de joueurs, mieux on joue ! 

Les joueurs arrivent sur les lieux par leurs propres moyens, seuls ou en équipe et s'installent où bon leur semble dans le complexe sportif.
Les règles du jeu sont très simples :
  1. Atteindre les cibles avant tous les autres participants;
  2. Récupérer le plus rapidement possible (sans les mains) le maximum de pièces du jeu;
  3. Rejoindre prestement son aire de repos.
Lorsque deux joueurs arrivent simultanément sur une des bases, c'est le plus malin des deux qui attrape la pièce de jeu et qui l'emporte. 

Durant la partie (dont la durée s'étend à peu près du lever au coucher du soleil), tous les participants jouent sans relâche jusqu'à ce qu'ils décident de quitter le terrain de jeux. Dès qu'ils reviennent à l'intérieur du complexe sportif, ils ont le droit de participer de nouveau au jeu, s'ils le souhaitent.

Pour atteindre les bases qui sont, pour certaines, un peu surélevées, les joueurs peuvent utiliser toutes les techniques de déplacement. Certains concurrents usent même d'acrobaties vertigineuses pour approcher la cible et récupérer les pièces du jeu.
Ces pièces à récupérer sont de différentes natures donc de différentes grosseurs mais ces paramètres n'interviennent nullement dans le comptage des points.
D'ailleurs, il n'y a pas de comptage de points.

La valeur des joueurs, leur expertise et leur pugnacité se mesurent uniquement à leur poids, si tant est que l'on pût les mesurer...

En effet, le grand gagnant de ces jeux sans frontières est l'oiseau qui réussit à ingurgiter le plus de graines en picorant ici et là, dans les différentes mangeoires que j'ai disposées dans mon petit jardin.

Pour information, à ce jour, les joueurs sont les suivants:
  • la mésange charbonnière
  • la mésange bleue
  • le moineau domestique (non domestiqué cependant)
  • le rouge-gorge
  • le merle noir et sa dame
  • la tourterelle
  • l'étourneau sansonnet (sans roupie)

lundi 1 janvier 2018

& 01/01/18

Quoi de mieux qu'un premier de l'an pour retrouver des amis ?

Éloignée de vous tous et de vos beaux mots depuis longtemps (très... trop...), je reviens vers vous pour  souhaiter à chacun d'entre vous une 
BELLE
& DOUCE
& LUMINEUSE 
& CHALEUREUSE
ANNÉE
2018.

Je n'ai plus foi en l'humanité lorsqu'elle suit les principes idéologiques d'un groupe, d'un mouvement, d'un parti politique, d'une secte, d'une religion, d'une caste, d'une corporation... car ces "grandes idées" ne sont que les préceptes égocentriques d'un dictateur, d'un arriviste, d'un opportuniste, d'un manipulateur, d'un oligarque... 
Mais je crois toujours en l'humain. Comme les Lumières du XVIIIème siècle, j'ai inexorablement foi en l'Homme quand il agit en son âme et conscience, tout seul, discrètement, dans son petit coin (pas forcément dans ses toilettes!).

Alors, en tant qu'humain, n'essayons pas de faire le buzz mais chaque jour, faisons notre petite part sur cette planète et nous rendrons l'année encore plus belle :
- finissons le contenu de notre assiette, de notre bol, finissons notre yaourt et notre morceau de pain...
- ne laissons pas couler l'eau du robinet quand nous nous savonnons les mains et quand nous brossons nos dents;
- n'achetons pas si nous n'aimons pas trop ou si il y a encore plein de "trucs" dans le frigo;
- offrons des sourires plusieurs fois dans la journée : c'est gratuit et ça fait du bien au fabricant de sourires et au(x) destinataire(s);
- utilisons notre temps et notre énergie pour témoigner, pour accompagner, pour donner, pour mettre des couleurs autour de nous;
- ne gaspillons pas notre temps et notre énergie pour rendre les imbéciles moins imbéciles;
- laissons voleter les abeilles;
- lisons les étiquettes avant d'acheter un produit;
- jouons à des jeux de société (vous savez, ce truc avec des cartes/des dés/des pions et où on doit se parler!) avec un enfant, un parent ou un ami;
- restons bouche bée, encore et toujours, devant la pleine lune ou le lever du soleil ou un ciel étoilé;
- disons bonjour ET merci ET belle fin de journée à l'hôtesse de caisse du supermarché;
- utilisons les poubelles et ne jetons rien sur le sol;
- réparons, raccommodons, customisons, recollons... au lieu de jeter ;
- respectons le travail d'autrui et autrui par la même occasion;
- parlons aux personnes (surtout aux enfants !!!!!) qui sont près de nous au lieu d'adorer nos écrans tels des dieux;
- emballons notre chewing-gum "supermâché" (lol) dans un petit bout de papier avant de le jeter dans une poubelle au lieu de le cracher sur le trottoir,
- utilisons notre esprit critique avant de croire les inepties véhiculées par les médias,
- passons une journée entière (ou beaucoup plus!) sans dire une seule grossièreté (surtout en présence d'enfants!!!)
...&
&
&
&...
En agissant sans nuire à la planète ni à aucun de nos voisins de terre, nous sommes un meilleur humain et le monde se porte un peu mieux grâce à nous !

AH !! Si les 7 550 262 000 Terriens (surtout les dirigeants!!!) se comportaient en belle personne, dans leur maison, dans leur jardin, dans leur rue, dans leur quartier, dans leur ville, dans leur pays... WOUAOUH, quel monde merveilleux serait le nôtre !
Faisons en sorte d'offrir une belle année à nos voisins de terre et de laisser une chouette planète à nos enfants et à leurs descendants !

mercredi 15 février 2017

& La mayo du fils à Marcel

" Que ceux qui achètent la mayonnaise en tube, en pot, en barquette lèvent la main... Rhôôô! Pas bien !
- Mais de quoi tu te mêles, Ep' ? Ils font ce qu'ils veulent tes gentils gens!
- Évidemment, chacun fait comme il veut ! C'est vrai que tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir un Pépère René...
- Quel rapport avec la mayo ? Raconte !"

Imaginez...
L'immense cuisine, l'immense table des vacances à la campagne et les petits-enfants qui arrivent, affamés après une après-midi de jeux, d'escalades, de tours de vélo, de parties de raquettes, de liberté...
"Qu'est-ce qu'on mange, ce soir ?"
Arrive alors une des réponses préférées de la ribambelle : une salade de tomates (du jardin, bien évidemment), du rôti froid avec de la mayonnaise, du Carré de l'Est et du gâteau de riz, fait par Mamie (pas Nova mais à nous).
YOUPI!
Alors commence le cérémonial de la mayonnaise...
Mon grand-père sort un bol, THE bol, l'Arcopal© avec la marguerite qui a toujours tous ses pétales mais qui sont si pâles, si pâles à force d'être frottés...


Il prend l'œuf qu'il a sorti du vieux frigo voilà au moins une heure. Il prend le pot de moutarde (un de ces verres à moutarde illustrés qui occasionnent tant de palabres au moment de mettre le couvert...), les bouteilles d'huile et de vinaigre, le sel...


 "Zouzou, tu m'aides?"
Aider Pépère à faire la mayo, c'est avoir le grand honneur, l'immense privilège, la lourde responsabilité de casser l’œuf et de n'en garder que le jaune, de tenir le bol puis de verser l'huile sur demande... Et en tant qu'aînée, je me sens investie d'une mission : participer à la réussite de la mayonnaise ! 

Mon grand-père (avec ou sans moi!) ne manqua jamais une mayonnaise ! On pouvait retourner le bol, la mayonnaise tenait au fond, dorée, compacte mais onctueuse, moelleuse et si savoureuse. J'adorais le dernier tour de fourchette grâce auquel mon grand-père décorait la mayonnaise d'un petit "pique" au milieu du pot.

Depuis cette époque, bien qu'il nous ait quittés trop tôt, mon grand-père est à mes côtés à chaque fois que je fais une mayonnaise...

"Que ceux qui ont remarqué l'excellent jeu de mot proposé dans le titre lèvent la main! C'est bien !"

dimanche 12 février 2017

& L'Orphelinat de Nicolas

Une centaine de petits tabourets de bois brut, quelques chaises, une table et un lit du même bois.
Chacun s'assoit. Un à un, les tabourets prennent vie.
Un bocal d'amandes grillées, trois masques de lapins, des cuillères en fer blanc, une photo et un livre.
Le livre.
"Le Capitaine Fracasse".

Appuyé contre le dossier d'une des chaises, il attend le silence des tabourets.
Puis il lance sa première réplique:
" Je vais te dire un truc : la vieillesse, c'est pas une excuse. Il n'y a pas d'adultes, il n'y a que des enfants qui abandonnent.[...]"

Ses deux compères lui répondent...
Sans pause, sans relâche, sans entracte, comme les battements de nos cœurs, tous trois déclament, racontent, témoignent, questionnent, accusent, se confient, se souviennent tout en virevoltant artistiquement au milieu des tabourets habités.

Par leurs regards si chaleureusement humains, par leurs mots simples mais si savamment choisis, par leurs gestes qui enflamment les cœurs, ils nous emmènent au fin fond du Morvan, dans l'abominable orphelinat des Vermiraux.
Jusqu'à la fin de la pièce, durant une heure, on est orphelin.

Et quand Fracasse (alias Nicolas Turon), nous tend une cuillère, nous défend contre les bandits des grands chemins ou contre le duc de Vallombreuse avec un oreiller, nous emmitoufle dans sa cabane d'enfance, nous délivre de la Vidaline, nous raconte pourquoi il est comédien, on a les yeux qui piquent...

Il est de ces spectacles qui changent notre façon de voir le monde.
"Fracasse ou la révolte des enfants des Vermiraux", présenté par la Compagnie des Ô, est de ceux-là !
Si Fracasse passe près de chez vous... n'hésitez pas : déplacez-vous ! 




dimanche 10 avril 2016

& La belle prim(e)


La première fois que je l'aperçus, elle était là, toute seule, face à ce beau soleil qui enflammait le ciel. Je trouvai l'image poétique car la belle, à défaut d’être violette, avait pris une délicate teinte orangée et sa silhouette ainsi colorée donnait au paysage une profondeur inattendue.

La seconde fois que je la vis, la semaine suivante, à peu près à la même heure, elle était exactement au même endroit. Immobile, elle admirait le soleil couchant du haut de son promontoire et semblait plongée dans ses vertes pensées. Je souris.

La troisième fois (promis, c'est la vérité!), l'horizon n'était pas rougeoyant mais plutôt gris perle et pourtant, ma prim' était là ! Face à l'ouest du couchant, elle scrutait la plaine environnante du haut de son observatoire et ne détourna pas plus son regard vers moi que les deux fois précédentes. Je re-souris...

La quatrième fois (oui, il y eut une quatrième fois!), je me surpris, en approchant du virage de notre rendez-vous, à me demander si elle serait là... et elle était là ! Ses comparses étaient éparpillées dans la prairie mais elle, l'héroïne de l'instant, telle une gardienne du temple (on ne peut pas dire "vestale" pour une vache laitière... sauf si c'est une génisse !), observait sans relâche la ligne d'horizon...

Semaine après semaine, je n'ai plus compté nos rencontres fortuites mais j'ai souri à chaque rendez-vous non manqué. 
Et je suis ravie que la laitière connaisse le soleil qui poudroie et l'herbe qui verdoie, la pluie qui ruisselle et le parfum des mirabelles. Tant d'autres n'auront jamais cette chance!

Je me suis dit qu'un jour, il faudrait que j'écrive un billet sur la vache sur sa collinette. Voilà, c'est fait , mais je suis fort marrie de ne point connaître le prénom de ma belle Prim'...


La même (ou une lointaine cousine!), si joliment racontée par Jules Renard, un de mes maîtres à regarder, à penser et à écrire !

"Las de chercher, on a fini par ne pas lui donner de nom. Elle s’appelle simplement « la vache » et c’est le nom qui lui va le mieux.
D’ailleurs, qu’importe, pourvu qu’elle mange !
Or, l’herbe fraîche, le foin sec, les légumes, le grain et même le pain et le sel, elle a tout à discrétion, et elle mange de tout, tout le temps, deux fois, puisqu’elle rumine.
Dès qu’elle m’a vu, elle accourt d’un petit pas léger, en sabots fendus, la peau bien tirée sur ses pattes comme un bas blanc, elle arrive certaine que j’apporte quelque chose qui se mange. Et l’admirant chaque fois, je ne peux que lui dire : « Tiens, mange ! » Mais de ce qu’elle absorbe elle fait du lait et non de la graisse. À heure fixe, elle offre son pis plein et carré.
Elle ne retient pas le lait, – il y a des vaches qui le retiennent, – généreusement, par ses quatre trayons élastiques, à peine pressés, elle vide sa fontaine. Elle ne remue ni le pied, ni la queue, mais de sa langue énorme et souple, elle s’amuse à lécher le dos de la servante.
Quoiqu’elle vive seule, l’appétit l’empêche de s’ennuyer. Il est rare qu’elle beugle de regret au souvenir vague de son dernier veau. Mais elle aime les visites, accueillante avec ses cornes relevées sur le front, et ses lèvres affriandées d’où pendent un fil d’eau et un brin d’herbe.
Les hommes, qui ne craignent rien, flattent son ventre débordant ; les femmes, étonnées qu’une si grosse bête soit si douce, ne se défient plus que de ses caresses et font des rêves de bonheur.
Elle aime que je la gratte entre les cornes. Je recule un peu, parce qu’elle s’approche de plaisir, et la bonne grosse bête se laisse faire, jusqu’à ce que j’aie mis le pied dans sa bouse."

(Histoires Naturelles - 1894)

samedi 2 janvier 2016

& Cathoune abbaye

"Downton Abbey"
2010 vit la première saison de cette série télévisée.
En 2015, il nous fut servi la sixième saison.
Il y a ceux qui aiment.
Il y a ceux qui n'aiment pas.
Il y a ceux qui ne connaissent même pas.
Personnellement, j'ai vu quelques épisodes. Cela se regarde plaisamment.

"Cathoune Abbaye"
2015 vit sa création avant la saison d'hiver.
En 2015, il nous fut offert le seul et unique épisode réalisé.
Il y a deux personnes qui ont suivi ce superbe morceau d'anthologie.
Il y a deux personnes qui aiment ce qu'ils ont vu et surtout entendu.
Il y a vous qui ne connaissez pas.
Mais je vais vous raconter...

Novembre 2015...
Un site d'exception tant par son histoire que par la beauté de son architecture et de sa restauration : l'abbaye de Fontenay en Bourgogne.

En famille, nous marchons dans la nef magnifique de l'église abbatiale, sur les pas de Saint-Bernard (le moine cistercien, pas le chien!). Le soleil d'automne traverse les vitraux et éclaire d'une douce lumière le somptueux édifice. Un beau moment partagé.


A droite du transept, quelques vieilles marches à gravir et nous nous retrouvons dans le dortoir. Un autre moment vécu en famille.
Plus bas, le cloître. Bel espace qui entend nos rires.

Quelques pas plus avant, dans la salle capitulaire, je reste seule avec Soeurette.
 

aAaAaAaAaAh! Houhou! HOHOHO!
Telles deux gamines, nous nous amusons à tester l’acoustique de cet espace aux murs façonnés de silence et de mots, de savoir et de spiritualité.
Et là, dans un élan d'affection et d'admiration, je demande à Soeurette de chanter, ici, dans cette salle qui résonne.
Elle ne se fait guère prier.
De sa voix pure et claire, cristalline et presque enfantine, elle entonne un chant liturgique orthodoxe qu'elle a appris lorsqu'elle étudiait le russe à l'université et qu'elle faisait partie d'une chorale slave. 

Cela ne dura que quelques minutes.
Discrètement, par curiosité, M. Ep' était revenu sur ses pas.
Lui et moi avons vécu un moment d'exception en écoutant chanter Soeurette a capella.
Dans sa voix, il y avait tant de choses.
Dans mes yeux, sa voix a glissé des paillettes; dans mon cœur, le bonheur et partout, des frissons !

Et c'était bien mieux que "Downton Abbey"...

jeudi 31 décembre 2015

& Demain, c'est l'an prochain !


Bonjour mes très chers voisins de terre...

Voilà le dernier jour de 2015 et je n'ai guère été présente dans la blogosphère, cette année...  Mille excuses à ceux à qui j'aurais pu manquer. ♥
C'est que les 365 jours derniers n'ont pas tous été doux et légers comme le ciel rose et mauve d'un soleil levant... mais ça, c'était avant aujourd'hui.
Allez hop, on tourne la page!

Bonjour 2016 !
A quoi bon vous souhaiter des trucs impossibles à gérer comme la santé (les hôpitaux et les cimetières sont remplis de gens à qui on a souhaité une bonne santé l'an dernier!) et la prospérité (tout le monde triple son salaire et gagne au loto tous les ans... Pas vous ? Moi non plus !).
Quant à la chance...
L'amour, peut-être...

Je serai donc simple et terrienne dans mes vœux au monde: 
Ce soir, lorsque les deux aiguilles de la belle horloge du salon se rencontreront pour la première fois en cette année 2016, à l'inverse de Cendrillon, je ne courrai pas.
Après les gestes et les mots tendres envers mes proches, j'embrasserai le monde en pensée : je le prendrai entre mes bras. 
Pour chacun de mes chers voisins de terre, pour les "vrais" Humains dont vous faites partie, j'aurai une réelle et intense pensée affectueuse, bienveillante, fraternelle, toute empreinte des idées des Lumières.

Je souhaite de tout cœur que 2016 apporte au genre humain ce sursaut d'humanité qui semble disparaître peu à peu de nos vies.
Je souhaite que la fraternité, l'égalité et la liberté que l'on me demande d'enseigner à mes élèves ne soient pas de vains mots gravés sur un fronton ou écrits dans une leçon.
Je souhaite que le respect de l'Autre, le respect de la Vie, le respect de la Terre, le respect de l'eau, le respect de l'air soient au cœur de nos préoccupations individuelles puisque les "grands" (tout petits) de ce monde n'en tiennent pas compte.
Je souhaite que l'Humanité toute entière retrouve le plaisir des petits bonheurs simples et que la notion de profit cède définitivement la place à la notion d'équité.

Naïve, l'Epamine ? Que nenni! 
Juste pleine d'espoir car si nous, les optimistes, les amoureux du bonheur, nous baissons les bras, quelle triste planète laisserons-nous à nos petits-enfants ?

Bonne année 2016, à tout le Monde!
Bonne année 2016, à tous mes chers voisins de Terre !

Quand les enfants du monde s'amusent...

dimanche 27 décembre 2015

& Fiat Lux...

... et elle fut !
... et elle est !
 
Il y a six ans, le 27 décembre 2009, dans les salles obscures, Jake Sully rencontrait les bleus Na'vi aux grands yeux de chat sur la très lointaine planète Pandora, à l'atmosphère toxique pour les humains...


Il y a six ans, tandis que M. Ep' & Ep' admiraient sur grand écran les images splendides et bleutées du film de James Cameron, un petit être de lumière ouvrait ses grands yeux clairs sur une planète bleue pas toujours humaine...
Depuis six ans, par son rire cristallin, par ses yeux brillants, par ses mots limpides, par ses pas bondissants, un petit lutin éclaire notre chemin, notre paysage, notre vie.

 
Depuis six ans, Clément, comme une petite bulle dans une coupe de Champagne, jette des paillettes de vie tout autour de lui, accroche des étoiles à notre ciel, dessine des arcs-en-ciel partout où il passe...

Je souris...

mardi 3 novembre 2015

& La Nymphe et le Zoziau


L'espèce humaine, à la gent animale, fait peur.
Nous l'allons montrer tout à l'heure.
Un Moineau se désaltérait
Plongeant son petit bec dans l'eau d'une piscine.
Une Nymphe survint, heureuse comme une gamine,
Et que la tranquillité du lieu attirait.
"Bien hardi, l'oiseau, pour trouver son breuvage !"
Songea la sirène admirant le courage
Du petit passereau plein de témérité.
Il faut, pensa-t-elle, que ce fragile emplumé,
Privé de flaque et de rivière,
Fasse fi de l'âme guerrière
Des matois matous, des chiens méchants
et des enfants
Pour se rafraîchir le gosier...
Il faut, par conséquent, que d'aucune façon,
Je n'ose troubler sa boisson."
Las ! Elle la troubla, mue par une piètre idée.
Pour prendre son Lumix et faire un beau cliché,
Elle allongea le bras et ouvrit son panier.
Sans geste brusque et prenant mille précautions, 
En un clic, elle captura le bel oisillon.
Un invisible oiseau sortit de l'appareil
Et son cui-cui muet effraya son pareil.
Le moineau s'éloigna rapidement du bain
Et se posa bien vite quelques mètres plus loin.
Là-dessus, tout près de l'eau claire,
Roula une petite graine.
Le moineau s'en saisit, plus vif que l'éclair,
Et trouva là, la récompense de sa peine.


mardi 8 septembre 2015

& Le mur aux mûres mûres

Au fond de mon minuscule jardin, contre le mur de la remise à outils, il y a un buisson tout foufou que je raccourcis bien comme il faut chaque année et que je laisse grandir en été : un mûrier... ou un roncier ? Peu (t')importe!

Pas question de sériciculture pour moi mais juste la gourmandise...
Les baies qui me font l'honneur de s'installer sur ces branches, juste à portée de ma main, sont joliment "drupées", juteuses, délicieuses, noires bleutées, avec juste cette petite amertume acidulée qui réveille nos papilles.

Jeudi midi, un doux soleil illumine mon jardinet et mon petit lutin gourmand me demande à la fin du repas: "Mamie, on peut aller au soleil manger les petits fruits. Tu sais les mûres près du mur.... Oh! C'est rigolo, Mamie ; ça fait "mûre" et "mur"!"

samedi 5 septembre 2015

& Suprême de crème de rentrée

Cette année, la rentrée des classes fut encore plus émouvante pour moi que les 37 précédentes (en tant que maîtresse d'école, bien sûr, car j'en ai beaucoup plus à mon actif si l'on compte mes 15 rentrées en tant qu'élève!).

Cette année, mon petit-fils, Tilutin est entré en classe de CP !

Son petit cartable gris (joyeusement coloré et customisé par sa petite maman) sur le dos, son adorable frimousse aux yeux clairs illuminée par un sourire plein de quenottes en perles, Clément le Lumineux est entré dans la grande cour... de mon école !

Voui, voui ! Mon petit-fils est inscrit dans ma grande école et comble du bonheur, il déjeune chaque midi avec sa mamie ♥  

Et le jour de la rentrée, en dessert, il y avait de la crème au chocolat...
En revoyant mon petit loulou gratouiller avec application le fond du pot pour ne pas perdre un milligramme de crème, je me suis revue, jadis, gratouillant mon pot de yaourt en carton ciré en compagnie de ma grand-mère...

Et voilà donc la preuve que l'amour et le chocolat traversent les générations !


lundi 24 août 2015

& Lasserralassou


Nombreux sont ceux qui connaissent Bixente Lizarazu, footballeur français dont le beau patronyme basque chante dès qu'on le prononce.

Mais nous ne sommes qu'une vingtaine à connaître Lasserralassou...

Des sapins. Un chemin. Un moulin. 
La famille. Des logis. Des bougies.
Un étang. Des parents. Des enfants.
Un ruisseau. Des gâteaux. Des cadeaux.
De la terre. Une potière. Un anniversaire.
Des jeux. Des vœux. Des amoureux.  
Des souvenirs. Des sourires. Des rires.
Des papillons. Des poissons. Un ânon.
Ma soeur. Des fleurs. Le bonheur.



Sœurette a fêté son anniversaire.
Elle a les pouces verts comme Tistou.
On l'appelle Cathou ou bien La Sou.
50 ans, ça vaut bien une serre, non ?
Voici la serre à la Sou.

Il y a les dessous de verre, les sous-verres et la serre en verre de Sou.

mercredi 8 juillet 2015

& Le parfum des tilleuls

Le temps a filé entre les branches du grand tilleul.
La fin de l'année scolaire est venue.
2014/2015, c'est fini...
Les enfants sont partis...

Tous les gourmands du ciel viennent s'enivrer dans l'arbre cinquantenaire... 
Dans la cour, le bourdonnement des abeilles a remplacé les cris, les rires et les appels des enfants joyeux.
Sous les rayons brûlants, l'ombre apaisante du bel arbre est désormais vide, comme le sont la grande cour et les longs couloirs...
Le parfum délicat du tilleul se répand dans l'air sous l'effet de la chaleur et du vent léger... 

J'aimerais enfermer cette suave senteur dans un joli flacon, glisser à l'intérieur le chant des martinets qui tourbillonnent au-dessus des toits et sortir cette délicate bouteille en hiver pour respirer et entendre l'été...  

Mais avant l'hiver, l'automne reviendra, amenant avec lui des ribambelles d'enfants sur le chemin de l'école et les feuilles des arbres s'envoleront quand les feuilles des cahiers tourneront.


Billet affectueusement dédicacé à Célestine qui sait pourquoi... ♥





dimanche 14 juin 2015

& 6 ans...

Le 31 mai 2009, j'écrivais mon premier article sur ce blog... 
C'était trois semaines après que j'aie appris que j'allais être mamie ♥

Six ans après, un petit lutin cher à mon cœur va quitter la maternelle et se préparer pour le CP.

Six ans après, je connais plein de noms de personnes que je n'ai jamais vues 
et qui pourtant me sont chères: 
vous!

Six ans après, je suis heureuse d'avoir croisé votre chemin 
et celui de tant d'autres humains avec lesquels j'ai échangé un mot, un sourire, un regard...

Six ans après, j'ai toujours autant de plaisir à venir ici
(même si et j'en suis désolée, je viens trop peu souvent ces temps derniers!).

Six ans après, j'ai toujours la même joie de vivre, le même enthousiasme, 
le même goût des petits bonheurs simples.

Six ans après...
je n'ai toujours pas envie de changer ma bannière...
C'est grave, docteur ?

Prenez soin de vous!



vendredi 1 mai 2015

& En mai...

Elle nous a quittés un deux mai...Lui, bien longtemps avant...

Mais aujourd'hui, c'est le premier mai. Youpi!
Je pense à eux et à ces sorties familiales pleines de fleurs parfumées, de soleil, de rires et de bonheur...
Oui, le muguet ap-porte bonheur...

Que toutes ces fleurettes sur ces photos d'antan vous soient bénéfiques et qu'elles vous portent chance... Bon Premier Mai à tous !

Ma Mamie, ma Tata Annie, Sœurette, mon Pépère

Soeurette et Ep' sur le toit de la Simca de Tonton Michel


vendredi 27 mars 2015

& La dame au mur


Il est de ces instants qui, lorsqu'on les vit, ont le pouvoir d'arrêter le temps et de nous emporter vers un ailleurs, bien au-delà de toutes les dimensions...

Par contre, lorsqu'il s'agit de les raconter, on se sent tout petit, malhabile, limité par les mots, gêné par les contraintes syntaxiques, pauvre d'expressions... 

Tant pis, je tente...

Une petite bourgade du Nord-Est de la France...
Une grande bâtisse centenaire remise en état pour y refaire du cinéma... comme autrefois !
Quelques hurluberlus humanistes et utopistes, pétris d'enthousiasme, qui  projettent chaque semaine un film récent  (voire deux quand tout va bien!).

Un dimanche après-midi, mi-mars...
Encore aujourd'hui, nous avons fait des heureux... Youpi !
Tout le monde est parti...
Je sors de la salle. 

Sur le trottoir, arrive une petite dame aux cheveux tout blancs, en chaussons fourrés. Sous son manteau mal fermé, on aperçoit son tablier bleu, sans doute, le tablier du dimanche.
Elle longe le mur de la salle, sans canne mais avec prudence. Elle tourne au coin de la rue et vient se camper devant les affiches qu'elle regarde, fixement, sans bouger.
Afin qu'elle ne soit pas déçue d'avoir manqué la séance de 14h30, je m'approche d'elle et l'informe qu'une autre séance sera proposée plus tard, dans la soirée...
Avec un grand sourire qui rendent encore plus bleus ses yeux, elle me répond:
"Vous êtes bien aimable, Madame et je vous remercie! Je ne veux pas aller au cinéma aujourd'hui. Je suis juste venue voir le mur parce que toutes ces images de films, c'est tellement joli ! "

Je n'ai rien dit. J'ai souri. Mes yeux se sont embués.

Promis, juré, c'est encore une histoire vraie...

Les images présentées ne sont pas celles de "ma" salle...
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