samedi 1 novembre 2014

& Souffles

Hélas, je n'ai pas écrit le poème qui suit.

Les mots magnifiques que je vous offre maintenant sont de Birago Diop (1906-1989), écrivain et poète sénégalais. Il rendit hommage à la tradition orale de son pays en publiant notamment des contes traditionnels.
Ici, un extrait de "Sarzan", un des "Contes d"Amadou Koumba", écrits en 1947.


Écoute plus souvent
Les choses que les êtres
La voix du feu s’entend,
Entends la voix de l’eau.
Écoute dans le vent le buisson en sanglots :
C’est le souffle des ancêtres.
Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
Ils sont dans l’ombre qui s’éclaire
Et dans l’ombre qui s’épaissit.
Les morts ne sont pas sous la terre :
Ils sont dans l’arbre qui frémit,
Ils sont dans le bois qui gémit,
Ils sont dans l’eau qui coule,
Ils sont dans l’eau qui dort,
Ils sont dans la case, ils sont dans la foule :
Les morts ne sont pas morts.
Écoute plus souvent
Les choses que les êtres
La voix du feu s’entend,
Entends la voix de l’eau.
Écoute dans le vent
Le buisson en sanglots :
C’est le souffle des ancêtres morts,
Qui ne sont pas partis
Qui ne sont pas sous la terre
Qui ne sont pas morts.

Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
Ils sont dans le sein de la femme,
Ils sont dans l’enfant qui vagit
Et dans le tison qui s’enflamme.
Les morts ne sont pas sous la terre :
Ils sont dans le feu qui s’éteint,
Ils sont dans les herbes qui pleurent,
Ils sont dans le rocher qui geint,
Ils sont dans la forêt, ils sont dans la demeure,
Les morts ne sont pas morts.

Écoute plus souvent
Les choses que les êtres
La voix du feu s’entend,
Entends la voix de l’eau.
Écoute dans le vent
Le buisson en sanglots,
C’est le souffle des ancêtres.

Il redit chaque jour le pacte,
Le grand pacte qui lie,
Qui lie à la loi notre sort,
Aux actes des souffles plus forts
Le sort de nos morts qui ne sont pas morts,
Le lourd pacte qui nous lie à la vie.
La lourde loi qui nous lie aux actes
Des souffles qui se meurent
Dans le lit et sur les rives du fleuve,
Des souffles qui se meuvent
Dans le rocher qui geint et dans l’herbe qui pleure.
Des souffles qui demeurent
Dans l’ombre qui s’éclaire et s’épaissit,
Dans l’arbre qui frémit, dans le bois qui gémit
Et dans l’eau qui coule et dans l’eau qui dort,
Des souffles plus forts qui ont pris
Le souffle des morts qui ne sont pas morts,
Des morts qui ne sont pas partis,
Des morts qui ne sont plus sous la terre.

Écoute plus souvent
Les choses que les êtres
La voix du feu s’entend,
Entends la voix de l’eau.
Écoute dans le vent
Le buisson en sanglots,
C’est le souffle des ancêtres.

Birago DIOP

Une bien jolie façon de parler des morts, non ?
Leur fête, c'est demain.
Aujourd'hui, c'est la fête de tous les saints.

20 commentaires:

  1. Bonsoir Ep'

    C'est trop beau
    Je ne pouvais résister à l'appel

    Merci d'être là pour illuminer ma vie
    Tendres câlins et bisous tout doux
    Grim

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    1. Comme je suis heureuse de te trouver ici, ma chère Grim !
      Tes mots simples et sincères me font plaisir et m'encouragent à continuer mes doux délires dans mes esperluettes...
      Je t'embrasse.
      De tout coeur
      Ep'

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  2. Si Ep' une façon d'en parler que je découvre.... Le mort on peut le voit, l'entendre, le sentir dans toutes ces choses de la vie finalement, merci... bises, JB

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    Réponses
    1. Et en suivant cette idée simple, on pose un regard tout à fait différent sur la nature... et en plus, on ne se sent plus jamais seul(e)...
      Bises d'Ep'

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  3. Bonjour Ep'
    J'aime cet écrit , cette culture sénégalaise qui fait revivre les morts dans lesobjets .
    Mais c'est vrai qu'on a l'impression que les gens sont encore là, quand on voit des objets leur ayant appartenu , des lieux qu'ils aimaient .Ils sont dans notre coeur .
    Merci d'avoir mis ce joli poème dans ton blog .Bises bourbonnaises

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    1. Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? Voui, voui !
      Et cela donne au monde qui nous entoure une épaisseur apaisante et un essence réconfortante.
      De même qu'une personne meurt définitivement quand son nom n'est plus jamais évoqué, elle est encore un peu près de nous au travers des objets, des mots et des végétaux qu'elle affectionnait...
      Mais cette idée n'engage que moi... et toi! ;o)
      Bises d'Ep'

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  4. C'est une belle façon de penser aux disparus. Elle est bien éloignée de notre vie trépidante qui met de côté les trépassés. Est-ce un seul jour par an que nous devons entendre leur souffle à travers les chrysanthèmes ?
    Heureusement, le souvenir ne se limite pas à ce jour obligatoire et, comme le dit Nicole, les proches disparus sont nichés dans de multiples recoins du coeur.

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    1. Les recoins du cœur... comme c'est joli !
      Et moi, les chrysanthèmes, j'aime pas ça !
      Sourire d'Ep'

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  5. Chère Epamine !
    Comme ce poème est beau !
    A mon âge déjà avancé, j'ai perdu beaucoup trop d'êtres chers. Pourtant chacun d'eux a sa place dans mon cœur et leurs empreintes sont partout.
    Je les compare à ces fleurs qui se fanent, meurent et disparaissent et qui nous laissent en mémoire leurs doux parfums. Comme elles, ceux que nous aimons ne meurent jamais ; ils demeurent avec nous ancrés dans tous nos souvenirs et dans les choses qu'ils nous ont transmises.
    Très beau billet qui rend hommage à tous ceux qui ne sont plus mais qui existent pourtant....

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    1. Bien joli commentaire, Doucy !
      Bises d'Ep'

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  6. BIZZZ de DOUCY.

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  7. Réponses
    1. Toi tu mets des couleurs sur le monde... les poètes mettent le monde en mots...
      Tout ça, c'est beau!

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  8. C'est magnifique et cela me touche d'autant plus que le fils d'un ami a mis fin à ses jours hier... c'est infiniment triste. Je t'emprunterai ce poème si tu le veux bien

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    1. De tout cœur, je suis avec toi et avec cette famille dans le chagrin.
      Si ce poème peut réconforter la famille de ton ami, offre-leur ces mots magnifiques...
      Bises d'Ep'

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  9. Les gens qui nous quittent sont comme des petits morceaux de sucre, tu vois le petit morceau de sucre ?
    Dépose le dans ta tasse de café, tu ne le vois plus, mais il est toujours là, il rend le café moins amer...

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    1. Le petit sucre qui rend la vie moins amère... C'est tout à fait ça: les doux souvenirs nous font la vie plus belle...
      Bises d'Ep'

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  10. de jolis mots et nos disparus sont tjs avec nous ils veillent et nous protègent

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  11. Magnifique ce poème et tellement vrai! Beaucoup d'objets nous entourant nous rapprochent presque quotidiennement de nos chers disparus. Un grand merci pour m'avoir fait découvrir ce poète sénégalais. Mamina

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